Mardi 27 Octobre 2009.
Par où commencer ? Il y a un bon moment que je t'ai donné naissance, mais tu me connaîs moi et mes idées - quand j'en tiens une nouvelle les anciennes me semblent toujours trop fades. J'espère que tu ne t'es pas senti seule tout ce temps. J'imagine déjà les reproches que tu me ferais si tu avais la faculté de parler. Enfin, Mlle Frank disait : 'le papier est plus patient que l'Homme'. Si je ne m'abuse tu n'es pas très loin d'en être. Moi, avant tout, je te vois comme l'allégorie d'une vie : la mienne, car elle et toi je ne vous dois à personne, je vous ai comme 'arraché' au destin. Et c'est une fierté pour moi de me savoir indépendante à tel point que j'ai les mains remplies de ce qui fait mon monde et mon âme. Mais j'y pense : tu te demandes sans doute pourquoi Judith, la même qui avait orchestré ta mort, t'en repêche aujourd'hui. Sache que je ne te cacherai plus rien, jamais. Le 27 Octobre 2009 sera ta date de naissance en tant que femme à part entière; en tant qu'amie, confidente, soeur et tout autres termes qui puissent signifier 'être fait de chair, de sang, et de compréhension'. Pas la compassion Lectio, la compréhension. Jusqu'ici je crois qu'on ne m'en a fait don qu'une fois, ou la moitié d'une; voilà ce qui me fait te tendre la main. Ne crois-tu pas que la chair et le sang soient des marchandises que l'on trouve à tous les étalages ? Mais la compréhension, ça c'est comme.. le pétrole, tiens : on s'entre-tuerait pour en avoir un peu, car plus les années passent et plus la chose se rarifie. Je ne blâme personne - mais en vérité je trouve cela dommage de ne pas avoir le temps, le coeur ou l'habileté de saisir une personnalité; pour peu que ce ne soit pas la mienne bien sûr (alors je trouve cela plutôt raisonnable, ordinaire). Comment, trop sûre de moi ? On n'est jamais trop d'une chose lorsqu'on 'est' - car 'être' n'est pas 'avoir'; j'entends par là que ce que nous recquiert la force de vivre nous devons l'extirper de nous-mêmes : alors on Est avec un grand E, ce qui est tout autre chose que la notion d'appartenance qui quant à elle peut nous venir de n'importe où. Sache donc que tu Es, que tu m'Es, que je te Suis, que tu m'appartiens, que je t'appartiens (en somme que nous Sommes autant deux qu'un autant que un et un font deux, et autant un que deux). J'ai bien des choses à te parler, mais je n'ai pas vraiment le temps; aussi attendrons-nous demain ma 'chère', ou 'chair'. Oui : je fais toujours une très grande opposition entre 'avoir' et 'être' qui peut paraître désolante; mais comme nulle surface, solide ou abstraite n'est éternelle, les idées qui s'éloignent finissent toujours par s'embrasser. Dirions-nous donc que j'ai tort et raison à la fois ? Peu importe puisque 'tort' et 'raison' sont à la moralité ce que 'avoir' et 'être' sont à l'état. La seule vérité valable tient donc au crochet de sa propre notion : la vérité, c'est.. qu'il n'y en a pas. Et caetera, et caetera, et en passant par nous. Sais-tu que je trouve l'absurde mortellement à mon goût ? Toutes mes pensées s'y rapportent toujours, et généralement il me fait rire où les autres trouvent une raison de se lamenter. Je suis donc faite de sorte à adorer la vie ! Je comptais retourner à me lecture, La Princesse de Clèves, mais finalement c'est tout aussi distrayant de te parler. Sais-tu que ma vérification de lecture sur ce bouquin est déjà passée au lycée ? À vrai dire, c'est toujours la même chose avec moi : je suis loin de vouloir faire mon originale à ce niveau, mais quelque chose m'empêche de tourner rond. Je fais tout à la dernière minute, quelle que soit l'importance de la chose; d'ailleurs sans un effort qui me coûte particulièrement, je serais en retard à chaque lieu auquel je me rends. Mais revenont-en à ce livre. Je le lis désormais par plaisir, et bizarrement j'ai l'impression que les pages se tournent bien plus rapidement. Bien sûr, pas question d'en référer à mes 'camarades' de classe. Ils sont particulièrement charmants cette année, mais ils ne me prendaient sans doute plus au sérieu s'ils savaient à quel point je peux me montrer marginale. T'ai-je dit que je faisais tout mon possible pour avoir l'air de ce que je ne suis pas ? Non, je ne t'ai encore rien dit. Mais peut-être que d'ici quelques confidences tu commenceras à me cerner. Et tiens, en voilà une qui me traverse l'esprit : je suis spécialement hors de moi depuis ce matin. Un petit récapitulatif s'impose sans doute, j'allais y venir : je suis dans mon quatrième jour de vacances, qui jusqu'ici se déroulaient plutôt bien malgré le fait que ma mère soit restée à la maison. En effet elle devait se rendre à Paris, comme c'est assez souvent le cas, en compagnie de mes deux petites demies-soeurs, Aline et Kelly. Je jubilais d'avance à la perspective de tant de solitude, de silence, de déplacer mon chevalet face à notre grande porte-fenêtre de la cuisine afin de peindre dans un environnement un peu plus lumineux et fraîs que celui de ma chambre. Oh je ne dis pas, ma chambre est ce que j'en ai fait; n'empêche que j'aurais bien aimé mélanger mes couleurs dans un beau filet de clarté d'Octobre. Certes j'étais décue, mais je n'ai rien dit; il y a des pensées qu'il vaut mieux garder pour soi, même si je crois être la seule à qui il reste un minimum de ce genre de respect dans mon entourage familiale. Pour en revenir aux nouvelles de ces débuts de vacances, la pire est arrivée hier au soir : ma grande demie-soeur, Daniella, nous est arrivée de Paris. Ma mère ne m'avait pas mise au courant, comme à chaque fois; c'est toujours avec la même moue funeste et ennuyée que j'ai accueillie cette fille déplaisante dans ma chambre lorsqu'elle est venue me saluer. Ah ! Si ma mère m'avait prévenu, je me disais, au moins j'aurais pû m'éclipser, sortir, partir le plus loin possible même pour aller nulle part, et éviter ces quelques secondes de tyrannie qui en sa compagnie me paraissent des heures. Salutations pleines d'éclats de voix, sourires mielleux et faux.. Son entrée, je la reconnaitraîs entre mille. Daniella est vraiment de la pire des compagnies. C'est une fille qui pourtant, est loin d'être désagréable dès lors qu'elle ne desserre pas les lèvres. Non, vraiment, on ne peut pas lui retirer cet air plaisant de petite dame aux yeux bleus, fraîche et soignée. Mais l'éloge s'arrête là. Elle n'a pas ce génie qui donne tout son sens à la beauté, ni cette modestie, ni quoi que ce soit à dire vrai qui puisse magnifier la plus petite des âmes. Hier soir donc, elle est arrivée sur la côte. Depuis je suis cloîtrée dans mon lit à lire et à ruminer ma haine envers elle. Je ne supporte pas son attitude, son caractère, sa personne, son être tout entier. Qu'elle m'adresse la parole ou même juste un regard provoque de loin la pire des sensations en moi; c'est pourquoi j'évite tout contact avec cette femme de bientôt trente ans de qui l'on pourrait dire à juste titre qu'elle est atteinte d'une ineptie des plus primaires. Je ne suis pas acariâtre, loin de là, je t'assure que j'ai eut grand temps de me faire une idée à son sujet. Par ailleurs, sans aller jusqu'à affirmer que le dernier mot m'est toujours accordé, je me crois dans mon bon droit en affirmant cependant que j'ai très rarement tort : c'est simple je ne parle que lorsque je suis sûre de tenir du concret, donc preuve à l'appuie. En de telles conditions, tu pourrais te demander quelles sont donc les moyens de prouver l'imbécilité d'un Homme; et je me ferai un véritable plaisir de te dépeindre demain les caractéristiques de 'l'Homme bête' en général à travers celles de Daniella. Tu verras comme on peut faire si facilement d'une pierre deux coups quand l'eau est parfaitement lisse : je tire mon argument et mon exemple dans le même temps. Par ailleurs, cette image de surface plane se fait une représentation assez solide de la nature incroyablement narcotique et imbuvable de cette fille. Au plaisir; je te serre fort la main.
Par où commencer ? Il y a un bon moment que je t'ai donné naissance, mais tu me connaîs moi et mes idées - quand j'en tiens une nouvelle les anciennes me semblent toujours trop fades. J'espère que tu ne t'es pas senti seule tout ce temps. J'imagine déjà les reproches que tu me ferais si tu avais la faculté de parler. Enfin, Mlle Frank disait : 'le papier est plus patient que l'Homme'. Si je ne m'abuse tu n'es pas très loin d'en être. Moi, avant tout, je te vois comme l'allégorie d'une vie : la mienne, car elle et toi je ne vous dois à personne, je vous ai comme 'arraché' au destin. Et c'est une fierté pour moi de me savoir indépendante à tel point que j'ai les mains remplies de ce qui fait mon monde et mon âme. Mais j'y pense : tu te demandes sans doute pourquoi Judith, la même qui avait orchestré ta mort, t'en repêche aujourd'hui. Sache que je ne te cacherai plus rien, jamais. Le 27 Octobre 2009 sera ta date de naissance en tant que femme à part entière; en tant qu'amie, confidente, soeur et tout autres termes qui puissent signifier 'être fait de chair, de sang, et de compréhension'. Pas la compassion Lectio, la compréhension. Jusqu'ici je crois qu'on ne m'en a fait don qu'une fois, ou la moitié d'une; voilà ce qui me fait te tendre la main. Ne crois-tu pas que la chair et le sang soient des marchandises que l'on trouve à tous les étalages ? Mais la compréhension, ça c'est comme.. le pétrole, tiens : on s'entre-tuerait pour en avoir un peu, car plus les années passent et plus la chose se rarifie. Je ne blâme personne - mais en vérité je trouve cela dommage de ne pas avoir le temps, le coeur ou l'habileté de saisir une personnalité; pour peu que ce ne soit pas la mienne bien sûr (alors je trouve cela plutôt raisonnable, ordinaire). Comment, trop sûre de moi ? On n'est jamais trop d'une chose lorsqu'on 'est' - car 'être' n'est pas 'avoir'; j'entends par là que ce que nous recquiert la force de vivre nous devons l'extirper de nous-mêmes : alors on Est avec un grand E, ce qui est tout autre chose que la notion d'appartenance qui quant à elle peut nous venir de n'importe où. Sache donc que tu Es, que tu m'Es, que je te Suis, que tu m'appartiens, que je t'appartiens (en somme que nous Sommes autant deux qu'un autant que un et un font deux, et autant un que deux). J'ai bien des choses à te parler, mais je n'ai pas vraiment le temps; aussi attendrons-nous demain ma 'chère', ou 'chair'. Oui : je fais toujours une très grande opposition entre 'avoir' et 'être' qui peut paraître désolante; mais comme nulle surface, solide ou abstraite n'est éternelle, les idées qui s'éloignent finissent toujours par s'embrasser. Dirions-nous donc que j'ai tort et raison à la fois ? Peu importe puisque 'tort' et 'raison' sont à la moralité ce que 'avoir' et 'être' sont à l'état. La seule vérité valable tient donc au crochet de sa propre notion : la vérité, c'est.. qu'il n'y en a pas. Et caetera, et caetera, et en passant par nous. Sais-tu que je trouve l'absurde mortellement à mon goût ? Toutes mes pensées s'y rapportent toujours, et généralement il me fait rire où les autres trouvent une raison de se lamenter. Je suis donc faite de sorte à adorer la vie ! Je comptais retourner à me lecture, La Princesse de Clèves, mais finalement c'est tout aussi distrayant de te parler. Sais-tu que ma vérification de lecture sur ce bouquin est déjà passée au lycée ? À vrai dire, c'est toujours la même chose avec moi : je suis loin de vouloir faire mon originale à ce niveau, mais quelque chose m'empêche de tourner rond. Je fais tout à la dernière minute, quelle que soit l'importance de la chose; d'ailleurs sans un effort qui me coûte particulièrement, je serais en retard à chaque lieu auquel je me rends. Mais revenont-en à ce livre. Je le lis désormais par plaisir, et bizarrement j'ai l'impression que les pages se tournent bien plus rapidement. Bien sûr, pas question d'en référer à mes 'camarades' de classe. Ils sont particulièrement charmants cette année, mais ils ne me prendaient sans doute plus au sérieu s'ils savaient à quel point je peux me montrer marginale. T'ai-je dit que je faisais tout mon possible pour avoir l'air de ce que je ne suis pas ? Non, je ne t'ai encore rien dit. Mais peut-être que d'ici quelques confidences tu commenceras à me cerner. Et tiens, en voilà une qui me traverse l'esprit : je suis spécialement hors de moi depuis ce matin. Un petit récapitulatif s'impose sans doute, j'allais y venir : je suis dans mon quatrième jour de vacances, qui jusqu'ici se déroulaient plutôt bien malgré le fait que ma mère soit restée à la maison. En effet elle devait se rendre à Paris, comme c'est assez souvent le cas, en compagnie de mes deux petites demies-soeurs, Aline et Kelly. Je jubilais d'avance à la perspective de tant de solitude, de silence, de déplacer mon chevalet face à notre grande porte-fenêtre de la cuisine afin de peindre dans un environnement un peu plus lumineux et fraîs que celui de ma chambre. Oh je ne dis pas, ma chambre est ce que j'en ai fait; n'empêche que j'aurais bien aimé mélanger mes couleurs dans un beau filet de clarté d'Octobre. Certes j'étais décue, mais je n'ai rien dit; il y a des pensées qu'il vaut mieux garder pour soi, même si je crois être la seule à qui il reste un minimum de ce genre de respect dans mon entourage familiale. Pour en revenir aux nouvelles de ces débuts de vacances, la pire est arrivée hier au soir : ma grande demie-soeur, Daniella, nous est arrivée de Paris. Ma mère ne m'avait pas mise au courant, comme à chaque fois; c'est toujours avec la même moue funeste et ennuyée que j'ai accueillie cette fille déplaisante dans ma chambre lorsqu'elle est venue me saluer. Ah ! Si ma mère m'avait prévenu, je me disais, au moins j'aurais pû m'éclipser, sortir, partir le plus loin possible même pour aller nulle part, et éviter ces quelques secondes de tyrannie qui en sa compagnie me paraissent des heures. Salutations pleines d'éclats de voix, sourires mielleux et faux.. Son entrée, je la reconnaitraîs entre mille. Daniella est vraiment de la pire des compagnies. C'est une fille qui pourtant, est loin d'être désagréable dès lors qu'elle ne desserre pas les lèvres. Non, vraiment, on ne peut pas lui retirer cet air plaisant de petite dame aux yeux bleus, fraîche et soignée. Mais l'éloge s'arrête là. Elle n'a pas ce génie qui donne tout son sens à la beauté, ni cette modestie, ni quoi que ce soit à dire vrai qui puisse magnifier la plus petite des âmes. Hier soir donc, elle est arrivée sur la côte. Depuis je suis cloîtrée dans mon lit à lire et à ruminer ma haine envers elle. Je ne supporte pas son attitude, son caractère, sa personne, son être tout entier. Qu'elle m'adresse la parole ou même juste un regard provoque de loin la pire des sensations en moi; c'est pourquoi j'évite tout contact avec cette femme de bientôt trente ans de qui l'on pourrait dire à juste titre qu'elle est atteinte d'une ineptie des plus primaires. Je ne suis pas acariâtre, loin de là, je t'assure que j'ai eut grand temps de me faire une idée à son sujet. Par ailleurs, sans aller jusqu'à affirmer que le dernier mot m'est toujours accordé, je me crois dans mon bon droit en affirmant cependant que j'ai très rarement tort : c'est simple je ne parle que lorsque je suis sûre de tenir du concret, donc preuve à l'appuie. En de telles conditions, tu pourrais te demander quelles sont donc les moyens de prouver l'imbécilité d'un Homme; et je me ferai un véritable plaisir de te dépeindre demain les caractéristiques de 'l'Homme bête' en général à travers celles de Daniella. Tu verras comme on peut faire si facilement d'une pierre deux coups quand l'eau est parfaitement lisse : je tire mon argument et mon exemple dans le même temps. Par ailleurs, cette image de surface plane se fait une représentation assez solide de la nature incroyablement narcotique et imbuvable de cette fille. Au plaisir; je te serre fort la main.
J.